| Ce printemps 2006 des évènements dramatiques impliquant des chiens ont eu lieu en France. La population s'en est fortement émue ; les propriétaires de chiens sans doute plus que les autres. Car qui mieux qu'eux peuvent savoir que le chien accompagne merveilleusement l'homme dans la vie quotidienne. L'agressivité est toujours, sauf cas particulier qu'on peut qualifier de "névrose", une réaction de protection à une situation particulièrement mal vécue par le chien. Il faut plus que jamais rappeler les "règles structurantes" de la psychologie canine et les enjeux pour l'ensemble de la communauté cynophile. En premier lieu, la socialisation débute par une première phase appelée "imprégnation". Celle-ci consiste en l'acquisition des codes permettant la vie en meute. Ici débute le rôle fondamental de la mère car il conditionne le futur du chiot c'est-à-dire sa vie d'adulte stable. Chacun sait que le chien est un animal grégaire, qui vit donc en meute. Or qui dit vie en communauté dit immanquablement, à l'instar de l'humain, règles de vie en société. Il est nécessaire de rappeler que le mâtin napolitain comme tout molosse de type dogue est un chien au développement psychique lent. |
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A compter de la troisième semaine, le chiot va donc apprendre à quelle espèce il appartient. Ceci est possible grâce aux liens affectifs (on parle d'attachement) unissant la mère au chiot et puisque les organes des sens sont maintenant à maturité. Le chiot va aussi apprendre la hiérarchie c'est-à-dire le respect des règles de la meute notamment via "l'épreuve" du repas. Précisons que la mère joue ici le rôle du dominant de la meute. Désormais il n'est plus question de manger à l'envi comme le chiot le faisait jusqu'à présent en têtant la mère à volonté. Il devra maintenant attendre que la mère l'autorise à se précipiter sur la gamelle. Du reste, la mère pourra engloutir la ration des chiots si elle juge que sa progéniture manque de discipline. Ce type de contrôle participe pour beaucoup à la stabilité du caractère du chiot devenu adulte. L'autre règle fondamentale transmise durant la phase d'"imprégnation" est le contrôle de l'usage des dents. En effet, au cours des jeux, les chiots se mordent l'un l'autre. Là encore la mère sera particulièrement vigilante. Le chiot "agressé" c'est-à-dire celui qui est mordu trop fortement par son congénère va crier et se mettre sur le dos. A ce moment "l'agresseur" va relâcher la pression de ses mâchoires et donc s'autocontrôler. Dans le cas contraire la mère interviendra énergiquement en secouant "l'agresseur" par la peau du cou jusqu'à soumission effective de celui-ci. |
| Au terme de cet apprentissage voilà le chiot déjà "armé" pour la vie en meute. Cependant une dernière étape va permettre au chiot de devenir adulte. Cette dernière phase est appelée "détachement". La mère va, à présent, commencer par exclure les mâles. Elle les tolère de moins en moins et elle les menace si nécessaire. C'est que les organes génitaux des mâles deviennent fonctionnels et ceux-ci émettent des phéromones. La mère perd patience et ne supporte plus la présence de ses petits mâles autour d'elle. Elle pourra alors se faire aider d'un mâle dominant afin de parfaire sa tâche : exclure définitivement de son lieu de vie ses petits mâles. On parle de "marginalisation" des petits mâles. Les petites femelles, quant à elles, jouissent d'un traitement de faveur. Leur détachement interviendra en dernier lieu. |
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| Si la socialisation fixe les règles de vie auxquelles le chiot devra se soumettre, la sociabilisation permet l'insertion du chien dans la cité c'est-à-dire la vie avec l'humain. En second lieu, intervient donc l'éleveur qui va tenir un rôle plein et entier. En effet, le chiot va très vite être amené à cohabiter avec l'humain : le maître et sa famille, le voisinage, les amis et se balader en ville avec son maître. Tout ceci nécessite un travail de fond de la part du naisseur étant entendu qu'un chiot cédé vers dix semaines ne peut avoir reçu qu'une prééducation. Il est recommandé de donner le plus de stimuli possible au chiot. Manipulation, obéissance par le jeu, habitude au bruit et dérangement. Au moment de la vente un chiot qui aura déjà été habitué à son nom, au bruit, à être dérangé même pendant son sommeil aura de fait un "bagage" assez solide. S'il connaît l'interdit par le "non" très ferme et arrive à obéir à l'ordre "assis", il sera déjà sérieusement "armé" pour une vie harmonieuse avec l'humain. |
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| Il faut donc bien comprendre que c'est par l'expérience que des acquis vont venir structurer la psychologie du chien. Ceci constitue des enjeux majeurs pour le naisseur comme pour le propriétaire. Si un bon matériel ne permet pas à lui seul de garantir un bon travail, il est certain qu'un bon travail ne peut jamais être envisagé sans bon matériel. Il est donc impératif que l'éleveur joue pleinement son rôle de sélectionneur en ne retenant que des adultes dont le caractère stable est avéré et plus particulièrement des femelles qui assument pleinement leur rôle de mères. Si la transmission génétique du caractère n'a pas été démontrée, il est sûr que l'environnement familial influe directement, parfois irrémédiablement sur le caractère des chiots. Il faut préciser que, par définition, une femelle primipare ne pourra pas être aussi bonne mère que sa congénère qui aura vécu plusieurs mises bas. En effet, c'est bien par l'expérience d'une manière générale qu'on acquiert le savoir-faire. Ceci se vérifie aussi dans le domaine parental. Toutefois on observe chez les canidés comme chez l'humain des cas de mauvaise mère. Ainsi, il arrive qu'indépendamment du nombre de mises bas que la chienne aura vécues elle ne soit pas apte à élever convenablement sa progéniture. C'est qu'en l'espèce l'instinct maternel fait défaut. Dans ce cas précis il est illusoire de penser que l'éleveur pourra se substituer parfaitement à la mère et mener à bien le travail d'imprégnation et de détachement. Dans cette hypothèse il convient de sortir la mère de la production. |
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| Ce travail de sélection opéré, il sera nécessaire de procéder à un autre choix, autant que faire se peut. Celui du bon maître. "Tel maître, tel chien" dit-on ! On conviendra que la cession d'un chiot ne pourra jamais être considérée comme une opération commerciale au sens habituel du terme. Il s'agit certes de satisfaire un client mais il faut, avant toute chose, penser au bien-être, à l'épanouissement du chien. Ceci trouvera un sens particulier dans le cas d'un nouveau venu à la race car n'oublions pas que le mâtin napolitain est un molosse considéré à juste titre comme chien de garde et de défense. La maîtrise du chien doit donc être constante. Il est préférable de proposer voire d'imposer une femelle au néophyte. Sauf s'il a déjà eu un chien molossoïde. Tout nouveau propriétaire de chiot devra bien garder à l'esprit que, malgré les précautions prises par l'éleveur afin de garantir le meilleur développement psychique au chiot, ce dernier ne dispose que d'une prééducation et donc de codes qui auront besoin d'être consolidés et renforcés. Dans cette optique, le nouveau propriétaire devra absolument mettre en application les règles de base mises en œuvre par l'éleveur. Celles-ci pourront être utilement complétées par des séances d'obéissance en club spécialisé où des moniteurs formés aux contraintes de la psychologie canine officient. Il faut absolument rappeler que le maître doit se faire respecter en toute circonstance. C'est pourquoi il veillera à ce que le chien " joue son rôle " de chien et ne soit jamais quelque palliatif que ce soit. Rappelons qu'un chien n'est pas le bébé qu'on n'a pas eu et qu'il donnera toute satisfaction lorsqu'on lui demandera de rester ce qu'il est : à savoir un chien. Il faut veiller à beaucoup parler à son chien, l'appeler par son nom, être intransigeant par le " non " ferme et définitif lorsque cela s'impose, lui interdire le canapé et la chambre à coucher à vie. Il est nécessaire de préciser que, donner un morceau de nourriture que vous trouvez succulente et que vous pensez délicieuse pour lui, est perçu comme un acte de soumission par le chien s'il provient directement de votre assiette. La place du chien n'est pas à vos côtés lorsque vous déjeunez. Ne l'oubliez pas. Il est nécessaire de préciser également que regarder votre interlocuteur droit dans les yeux est une politesse autant qu'une marque de franchise voire d'honnêteté dans les relations humaines. Ce qui n'est pas du tout perçu comme tel par le chien. Celui-ci considèrera que vous lui lancez un défi et pourra mal réagir. Il faut aussi rappeler qu'il n'est pas souhaitable de laisser un enfant seul avec le chien. Ce qu'un enfant peut considérer comme un jeu peut être vécu comme une agression par le chien. |
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| Dans le contexte d'hystérie sécuritaire collective que nous vivons, il faut être vigilant par rapport aux hommes politiques tentés par le tout sécuritaire et les solutions radicales. N'oublions pas, comme le dit si joliment le Docteur Angelo Dolfi, président du Trophée Mario Querci, que le mâtin napolitain peut être considéré, de par son rôle dans l'Histoire, comme faisant partie du "patrimoine de l'humanité". Comprenons bien que pour être revendicatif il faut d'abord être crédible. A chacun donc de prendre ses responsabilités pour que le mâtin napolitain ne figure jamais au banc de la société. | |
Philippe Le Nours - août 2006 |
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